Allemagne

Scène locale

L’Allemagne avec ses nombreuses institutions enviées internationalement, avec ses puissantes galeries et ses nombreux collectionneurs actifs de longue date, fait figure de pays prescripteur majeur dans le domaine de l’art contemporain en Europe. Ce pays présente également avec Berlin, incontestablement le laboratoire actuel de la création contemporaine, une scène locale extrêmement dynamique, au caractère international très marqué.

Si Berlin tend aujourd’hui à éclipser dans les médias les autres grandes villes allemandes, il n’en demeure pas moins que ce sont dans les grandes villes de l’Ouest de l’Allemagne que l’on trouve toujours aujourd’hui les nombreuses institutions d’envergure internationale dont l’Allemagne peut se prévaloir dans le domaine de l’art contemporain et des musées.

A titre indicatif, les 6 000 musées allemands (toutes spécialités confondues) ayant organisé plus de 9 000 expositions temporaires ont été visités en 2006 par plus 102 millions de visiteurs.

Historique

L’Allemagne est marquée par une identité fédérale qui a longtemps influencé, dans les arts visuels comme dans la plupart des domaines, la constitution de scènes artistiques réparties sur l’ensemble de son territoire, garantissant une diversité de l’offre tout à fait unique en Europe, et favorisant l’affirmation de centres artistiques forts et autonomes, (Cologne, Düsseldorf, Hambourg, Stuttgart, Munich, pour les principaux de l’Ouest, mais aussi à l’Est avec Leipzig…). Ces centres (tout au moins à l’Ouest) ont été soutenus par des marchés locaux puissants, alimentés par la présence de riches collectionneurs et d’une bourgeoisie éclairée et engagée, dans une tradition héritée des Lumières.

Dans le contexte de l’Après-guerre, l’Allemagne de l’Ouest a su tirer parti du Plan Marshall culturel américain, en développant très fortement des réseaux atlantiques au moment où l’Amérique imposait pour la première fois ses artistes au monde entier, infiltrant ses propres artistes sur un marché dominé par les Américains et développant des relations d’influence réciproques avec eux. Dans ce contexte, les Allemands réussirent à faire de documenta, à Kassel, le cœur géographique de l’Allemagne, le grand rendez-vous quinquennal de l’art contemporain international, censé donner un indicateur de tendance, à travers le filtre des réseaux d’influence de ses organisateurs.

Dans la foulée, les marchands de Cologne inventèrent en 1967 avec Art Cologne le prototype aujourd’hui largement copié de la foire d’art contemporain, laquelle tiendra le haut du pavé jusqu’à la fin des années quatre-vingt. Cologne, Dusseldorf et la Rhénanie du Nord-Westphalie en général, se sont alors imposés comme des centres artistiques internationaux jusqu’à la fin des années quatre-vingt, largement liés aux réseaux américains.

Depuis les années quatre-vingt-dix, suite à la chute du mur et avec le transfert du gouvernement à Berlin au tournant des années 2000, la nouvelle capitale devient un pôle d’attraction permettant à la ville de renouer avec son histoire d’avant-guerre, à savoir une capitale des artistes et un lieu de rendez-vous international. Défriché dans un premier temps par les artistes, suivis par les galeristes et les collectionneurs, un mouvement de concentration de la scène artistique allemande à Berlin s’est depuis amplifié de manière exponentielle au cours de ces cinq dernières années et l’on assiste dans le domaine artistique à un phénomène tout à fait nouveau de centralisme dans ce pays de forte tradition fédérale.

Berlin

 L’attractivité de Berlin, qui s’exerce en premier lieu sur les artistes, s’explique par différents facteurs, à la fois économique, historique et sociologique.

Les immenses espaces laissés en friche à la chute du mur fournissent depuis 20 ans autant de lieux à reconquérir au cœur même de la ville. Les artistes, cherchant de grands ateliers, ont été parmi les premiers à réinvestir des usines, ateliers et immeubles anciens, autant de locaux désaffectés, garantissant des conditions de travail uniques dans une grande capitale européenne.

Aux conditions matérielles exceptionnelles, s’ajoute l’espace de liberté intellectuelle et créatrice qu’ont le sentiment de trouver les artistes s’installant à Berlin : dépourvue d’institutions fortes ou de vieux réseaux d’influence dictant les codes de bonne conduite en matière d’art, l’offre artistique reste à Berlin extrêmement diversifiée et les artistes semblent trouver dans cette ville un espace de liberté pour la création. Les contraintes matérielles et intellectuelles pesant souvent dans d’autres lieux de production semblent ici moins prégnantes.

Le marché de l’art

 Selon le rapport de la European Fine Art Foundation, TEFAF (« The international Art Market : A survey of Europe in a global contexte »), le marché de l’art contemporain allemand est le 4ème plus puissant au niveau mondial (après les États-Unis, le Royaume-Uni et la France) faisant de l’Allemagne un pays « prescripteur » de l’art contemporain dont le marché puissant et les nombreuses institutions influencent les tendances de l’art contemporain international.

Les galeries prolifèrent à Berlin, qui, vu de loin, s’apparente à l’eldorado du marché de l’art. Pour autant, la ville reste dépourvue de la masse critique de collectionneurs nécessaire à soutenir l’économie de ce marché : la ville doit se réinventer en permanence et fonctionne sur un principe événementiel permettant d’attirer les collectionneurs dans la ville.

En interrogeant les galeristes, il apparaît que la plupart réalisent la plus grosse part de leur chiffre d’affaires sur les foires à l’étranger ; Berlin est ici un avantage en terme d’image et devient une exigence des artistes souhaitant bénéficier d’une visibilité dans cette ville où tout le monde le l’art contemporain passe et voit les expositions.

 

Des collectionneurs prestigieux du Land de Baden-Wurtemberg : Frieder Burda, la famille Grässlin, Siegfried Weishaupt ou Francesca von Habsburg.

Ces dernières années certains grands collectionneurs privés allemands comme notamment Christian Boros, Axel Haubrok et Harald Falckenberg ont rendu publiques leurs œuvres en inaugurant leurs propres espaces d’exposition.

 

Les artistes français ont, depuis quelques années, gagné en visibilité en Allemagne. L’évolution du nombre de monographies consacrées à de jeunes artistes français ou vivant en France dans ces lieux de la tendance sur les 3 dernières années est exponentielle. En 2009, ce ne sont pas moins de 8 artistes qui en ont bénéficié (Isabelle Cornaro, Katinka Bock, Marine Hugonnier, Latifa Echakch, Tatiana Trouvé, Joelle de la Casinère, Laurent Grasso et Oscar Tuazon), et ceci dans les Kunstvereine les plus importants d’Allemagne (Hambourg, Düsseldorf, Nuremberg, Brauschweig, Stuttgart, Freiburg, Aix-la-Chapelle, etc…).

Par ailleurs, Latifa Echakch et Damien Deroubaix ont en plus bénéficié respectivement d’une monographie à la Kunsthalle Fridericianum de Kassel, un lieu majeur en Allemagne et l’autre au Saarland Museum de Sarrebruck. En 2010, grâce au projet Thermostat de coopération entre 24 centres d’art et Kunstvereine, ce sont de nombreux artistes français émergents ou en milieu de carrière mais peu connus en Allemagne, qui ont bénéficié d’expositions monographiques ou leur offrant une très belle visibilité : Maya Schweizer au Kunstverein de Francfort, Jean-Luc Moulène au Kunstverein de Nuremberg, Emiolie Pitoiset, Davide Ballula et Clément Rodzielski au Kunstverein de Bielefeld, Patrick Bernier, Olive Martin et Elise Florenty au Kunstverein de Potsdam.…

A cet égard, l’importante exposition « Lumière noire, art contemporain français » en juin 2011 dans la prestigieuse Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe est révélateur d’un réel regain d’intérêt des professionnels allemands pour les artistes français. Le nombre important de jeunes artistes (ou en milieu de carrière) ayant intégré récemment le programme d’une galerie allemande témoigne aussi de l’intérêt du marché pour une nouvelle génération d’artistes français (Sophie Bueno-Boutellier, Benoît Maire, Renaud Regnery) et des artistes confirmés (Saâdane Afif, Tatiana Trouvé, Kader Attia).

Par ailleurs, en 2009, trois des quatre artistes nominés au Prix Marcel Duchamp vivaient à Berlin. En 2010, Cyprien Gaillard est non seulement lauréat du prix Marcel Duchamp mais également l’un des 4 nominés du Prix de la Nationalgalerie. Le projet Berlin-Paris, un échange de galeries, lancé à l’initiative de l’ambassade dans une perspective d’action volontariste, témoigne également de l’intérêt des marchands allemands pour le marché français, et l’ouverture nouvelle de ces derniers à la découverte de jeunes talents venus d’outre-Rhin. La plupart des artistes présentés étant jeunes et évoluant sur la scène artistique française.

 

Rédacteur : Frédérique Gérardin, attachée culturelle

Contact : Ambassade de France Pariser Platz 5 D- 10117 Berlin

Tél : 0049 30 885 902 16

info.bdap@institutfrancais.de

 

Echanges internationaux

La Fiac a accueilli 21 galeries allemandes en octobre 2009, et 25 en octobre 2010, un record témoignant d’un regain d’intérêt des galeristes allemands pour le marché français.

Deux foires significatives se faisaient concurrence en Allemagne, Art Forum Berlin, en automne et Art Cologne qui a lieu au mois d’avril. Toutefois, l’annonce de l’annulation en mai 2011 de la prochaine édition d’Art Forum porte un coup d’arrêt à ce rendez-vous berlinois de l’automne.

En effet, après des années de rivalité entre les puissantes galeries berlinoises (dont la plupart étaient associées au projet Berlin-Paris, un échange de galeries) et l’organisation de la foire Art Forum, la Messe Berlin annonce l’annulation de son édition d’Art Forum, prévue à l’automne 2011.

Lancée en 1996 par un groupe de jeunes galeries en partie dissidentes d’Art Cologne, la Foire Art Forum a toujours eu du mal à s’imposer sur le paysage du marché de l’art berlinois face à des galeries locales toujours plus puissantes et influentes qui l’ont boudée depuis son origine.

La Foire abc – Art Berlin Contemporary, lancée en 2008 par ces mêmes galeries berlinoises influentes et conçue comme une manifestation concurrente visant à torpiller la foire, avait déjà failli mettre un terme à celle-ci.

À Berlin, la faiblesse du marché local rendrait indispensable une forte internationalisation de la foire pour attirer des enseignes étrangères prestigieuses amenant leurs puissants collectionneurs à leur suite. Par ailleurs, le succès de l’opération du dernier Week-end des galeries début mai 2011 à Berlin, organisé par les galeries elles-mêmes, a conforté la position des galeristes dans leur sentiment qu’une foire était superflue. Quoi qu’il en soit, il apparaît difficile d’envisager en termes de calendrier international deux rendez-vous à Berlin pour les collectionneurs et il semblerait que ce soit ce week-end printanier des galeries qui désormais tiendra lieu de grand rendez-vous berlinois annuel.

Aides publiques et financements privés

Secteur public : 

La promotion et la diffusion des arts en Allemagne ont longtemps été menées par la société civile. Suite à la deuxième guerre mondiale et en vue de ne pas rendre la culture une « affaire d’État » la politique culturelle est prise en charge par les Länder. 90% du budget public de la culture est financé par les régions, qui bénéficient d’une grande autonomie dans ce domaine. L’action culturelle du gouvernement fédéral se concentre sur des missions d’envergure nationale et internationale, comme la protection du patrimoine, l’éducation culturelle, et la gestion des institutions fédérales dans le domaine de la culture. Afin d’harmoniser la gestion culturelle en Allemagne, le chancelier Gerhard Schröder instaure en 1998 le poste de « Kulturstaatsminister » (secrétaire d’Etat à la culture) et crée la Kulturstiftung des Bundes (fondation fédérale pour la culture) en 2002.

Dotée d’un budget annuel de 35 millions d’euros la Kulturstiftung des Bundes, inaugurée en 2002 est l’un des acteurs publics principaux dans le domaine du financement public de la création artistique. L’activité de l’institution, qui soutient des manifestations culturelles reconnues internationalement, telles que documenta, la Biennale de Berlin ou encore la Transmediale à Berlin, consiste à déléguer la distribution des subventions à des fondations autonomes, qui gèrent leur programmation ainsi que les systèmes de bourses de façon indépendante.

Les cinq principales fondations réunies sous l’égide de la Kulturstiftung des Bundes sont le Deutsche Literaturfonds, la Stiftung Kunstfonds, le Fonds Darstellende Künste, le Fonds Soziokultur et le Deutscher Übersetzerfonds. Outre les domaines du théâtre, du cinéma, de la littérature, des arts plastiques et des arts du spectacle, la Kulturstiftung des Bundes vise également à promouvoir des projets transversaux « innovants pour la création artistique internationale. »

Une autre intervention publique importante dans le domaine des arts est l’activité de la Sammlung zeitgenössischer Kunst der Bundesrepublik, collection d’œuvres d’art contemporain du Bund, fondée en 1970 et géré par le Beauftragter der Bundesregierung für Kultur und Medien. Dotée d’un jury sélectionné pour une période de trois ans, les achats sont effectués lors des manifestations culturelles d’envergure type foire d’art contemporain de Basel, et de Cologne. La collection ne se veut ainsi pas un musée avec une ligne d’acquisition d’œuvres d’art cohérente. En raison des limites de budget la collection présente plusieurs lacunes : elle n’inclut par exemple aucune œuvre d’Anselm Kiefer et que des esquisses d’artistes reconnus tels que Georg Baselitz, Markus Lüpertz et autres, mais défend le principe d’une collection composée d’œuvres assemblées selon les choix effectués par les différents jurys et spécialistes.

D’autres dispositifs de politiques publiques visent la promotion et la création artistique dans l’espace public comme par exemple Kunst am Bau, équivalent de notre 1%, par lequel l’Etat s’engage à mettre à disposition 1% du budget des constructions publiques pour la réalisation d’une œuvre d’art publique.

Secteur privé : 

La promotion et la diffusion des arts en Allemagne bénéficient également d’une prise en charge de la société civile importante.

Selon le magazine américain ART, qui établit chaque année un classement mondial des 200 collectionneurs les plus importants, l’Allemagne est le pays où résident le plus de « grands collectionneurs ». Ces dernières années certains grands collectionneurs privés allemands comme notamment Christian Boros, Axel Haubrok et Harald Falckenberg ont rendu public leurs œuvres en inaugurant leurs propres espaces d’exposition.

Au-delà des investissements de particuliers le rôle des entreprises privées et surtout celui du secteur bancaire sur le marché de l’art contemporain est traditionnellement constant en Allemagne, s’investissant dans la conservation, la promotion et la diffusion de l’art.

Bien que les dispositifs fiscaux soient moins avantageux qu’en France, le mécénat est très développé et les fondations d’entreprises nombreuses en Allemagne.

Programmes de résidences

L’Allemagne possède un nombre important de résidences artistiques réparties dans les différents laender. A signaler particulièrement un programme de résidence mis en place en 2010, en étroite collaboration entre la fabrik Potsdam et le bureau du théâtre et de la danse. Il accueillera chaque année une compagnie française en offrant un temps de travail de 2 à 4 semaines à la fabrik Potsdam. Cette résidence sera proposée prioritairement aux compagnies professionnelles françaises qui ont peu de visibilité en Allemagne. Ce programme de résidence est inscrit en marge du grand festival international de danse en Allemagne, Tanz im August, et débouchera sur une rencontre avec des professionnels à Postdam. A Mayence, l’institut français réalise des projets artistiques en coopération avec des partenaires locaux (université, Hochschule für Musik, Fachhochschule, Kunstverein,...) et propose des chambres d’hôtes à des artistes français ou issus du domaine franco-allemand, qui souhaitent développer des projets in situ.

Lieux

Mis à jour le 25 Avril 2012
Partager Retour
  • Akademie Schloss Solitude

    Akademie Schloss Solitude
  • Hamburger Kunsthalle

    Umschauen
  • Kunstsammlung Norerhein Westfalen

    Kunstsammlung Norerhein Westfalen
  • Museum Frieder Burda

    Museum Frieder Burda
  • Pinakothek Der Moderne

    Party0