Inde

Scène locale

C’est encore aujourd’hui plus en termes économiques qu’artistiques que l’on parle de l’art contemporain en Inde : sans doute par défaut d’une épistémologie de l’art contemporain indien, tant les critiques d’art, les revues spécialisées sont rares, le journalisme culturel impotent, mais aussi par adaptation aux schémas économiques du monde des affaires. L’art contemporain est devenu une source d’investissement important de la part des grandes familles et sociétés indiennes. A l’image d’autres pays émergents, ces investissements massifs auront contribué au « gonflement » artificiel d’un marché qui, après le choc initial de la récession en septembre 2008, s’abîme pour partie, et se consolide par ailleurs.

On note une scène locale en transformation, où les acteurs étrangers restent très en retrait.

Les arts visuels, et plus particulièrement la peinture, sont très côtés en Inde.

Les arts visuels représentent le segment le plus fort des arts contemporains en Inde.

Ils ont pris leurs lettres de noblesse, en termes de marché, avec la période moderne : Anjolie Ela Menon, M.F. Husain, Raza et d’autres, formés dans les années cinquante ou soixante dans les grandes écoles et métropoles d’Europe, sont tous peintres et tiennent pour certains le haut du pavé en termes de ventes sur des marchés internationaux. C’est eux, soit parce qu’ils vivent à l’étranger (Raza à Paris, Husain, exilé à Dubai), ou parce qu’ils ont percé via les canaux internationaux, qui pendant longtemps ont fait le lien entre la scène locale et internationale. Parce qu’ils avaient bénéficié de bourses étrangères (françaises, américaines ou britanniques), ils introduisirent du changement dans les courants picturaux indiens. Les artistes qui restaient en Inde, eux, furent longtemps peu exposés aux autres pratiques.

Ce n’est que récemment qu’une envie locale, heureusement accompagnée par des moyens privés ou institutionnels étrangers, a permis à la communauté locale d’avoir régulièrement accès à des œuvres produites dans le reste du monde.

Un nouveau champ : la photographie

 Ces dernières années, un domaine qui a progressivement acquis ses lettres de noblesse dans la famille des arts visuels est la photographie. Considérée comme décorative, sinon comme support littéral d’images pour illustrer de l’information, elle s’inscrit dans la grande tradition du photo-journalisme du pays, globalement représentée par un ou deux pontes de la profession jusqu’à la fin des années 90. Elle était absente du marché de l’art jusqu’à 2006-2007.

La création de galeries spécialisées, la multiplication d’expositions collectives sur l’Inde des dernières années à l’international témoigne soudain de l’existence d’une talentueuse génération de photographes qui ont des propositions artistiques diversifiées qui vont au-delà de la représentation d’une Inde sinistrée, exotique ou en transition. La Serpentine Gallery et en janvier 2010, Whitechapel ont aussi consacré des grandes expositions à la photographie. Enfin, on est passé d’expositions « nationales » (la fameuse survey) à des expositions thématiques, où la photographie indienne n’a plus besoin « de démontrer » quoique ce soit.

Autre fait important au niveau local, les galeristes consacrent davantage d’expositions monographiques à des photographes ou artistes multimédia faisant de la photographie : la galerie Nature Morte, qui est associée à Bose Pacia à New York et Kolkata, représentent des artistes photographes indiens de renom (Bharat Sikka ou Gauri Gill), et aura soutenu des expositions de photographes étrangers.

Ont été créées les premières galeries dédiées essentiellement à la photographie dans le pays (ayant des exigences professionnelles de standard international).

Les collectionneurs de photographie sont encore peu nombreux – c’est là encore une caractéristique d’un marché de pays émergent - la plupart des œuvres sont vendues à l’international, à part une poignée d’aficionados.

 

Du fait d’un marché tourné sur soi et conservateur, on note en Inde une méconnaissance de la scène internationale et donc française. Des noms comme Annette Messager, Boltanski, Sophie Calle, Jean-Michel Othoniel, etc. sont complètement inconnus, sauf de la communauté artistique et de quelques critiques éclairés.

Mais L’acquisition d’œuvres d’artistes français (ou autres) est encore confidentielle : le marché est fragile, mais aussi le poids des traditions et de l’histoire des arts joue également.

Ce sont essentiellement les artistes ayant été « exposés » à l’international qui connaissent et admirent la création française contemporaine. Le même commentaire s’applique aux opérateurs ou financiers du milieu (des noms comme le Centre Pompidou ou Beaubourg ne disent pas toujours quelque chose, ni un nom comme Jean Nouvel pour l’architecture…).

La France reste dans de nombreux esprits indiens un référent culturel. Pourtant, les Indiens vont surtout à New York, au Royaume-Uni (là où la diaspora indienne est la plus importante et la plus aisée), en Suisse ou en Allemagne : cette tendance doit désormais être renversée, puisque l’intérêt et la curiosité pour la création contemporaine française sont vivaces, comme le récent festival Bonjour India l’a montré.

 

Rédacteur : Max Claudet, conseiller culturel et de coopération

Contact : Ambassade de France en Inde

Tél : (91) 11 30 41 00 00

max.claudet@diplomatie.gouv.fr

Echanges internationaux

Quelques référents apparaissent en termes de marchés de l’art, qui correspondent à la tenue des grandes biennales ou foires où ont pu s’exposer des galeries indiennes ou des artistes indiens. Singapour et Dubaï permettent aux Indiens de regarder, avec la plate-forme qu’est devenue Shanghai, vers des horizons géographiquement plus proches, et qui s’ouvrent plus facilement aux pratiques artistiques indiennes.

L’immense bagage culturel de l’Inde, le poids de ses traditions et de ses cultures classiques ne stimulent pas forcément une envie d’international. Ce phénomène de méconnaissance est caractéristique d’un pays émergent. Le marché de l’art est tout d’abord l’indicateur de la « santé » de sa scène artistique : les artistes (comme les galeries) ont dû passer par une reconnaissance à l’international avant de pouvoir établir, avec difficulté, une réputation en local, et ce en effaçant les barrières de cloisonnements sociaux divers. Le Bihari Subodh Gupta a percé en 2005 lors d’une exposition à la Hayward Gallery à Londres, le Bengali Ashinto Bhadra, artiste photographe peu « estimé » en Inde en raison de ses origines sociales modestes, a obtenu un début de reconnaissance avec son exposition « Another Me » montrée à Arles en 2008 et ensuite en circulation dans les Alliances Françaises du pays en 2010. C’est vers la fin des années 2000, parce que le marché local a pris de l’ampleur, que les artistes et galeristes commencent à parler d’un marché qui n’a plus besoin forcément de passer par l’international pour se construire, et que les collectionneurs ne regardent plus vers New York ou Londres pour acquérir des œuvres. Il faut signaler que nombre de marchands, au moins jusqu’à la crise de 2008, vont acheter les œuvres d’artistes indiens à New York, car ils sont moins côtés là-bas qu’en Inde.

Pour des galeristes indiens, il est ardu de pouvoir monter son affaire, et encore plus d’exposer des artistes internationaux et de les vendre : les blocages aux douanes et les blocages administratifs représentent également un frein.

 

Grand pays émergent de la zone Asie du Sud-Est, l’Inde regarde depuis quelques années (le tournant du 21e siècle plus particulièrement), vers sa grande voisine la Chine dans tous les domaines, et se positionne de plus en plus comme sa concurrente directe, plus forte - à moyen terme démographiquement – et moins fragile (les turbulences de la récession actuelle le démontrant).

Concernant le monde de l’art, l’Inde a donc regardé avec envie, jusqu’à très récemment, l’essor rapide des renommées et des fortunes à l’international de la communauté culturelle et artistique chinoise, phénomène qui pour beaucoup d’opérateurs ou

d’artistes du pays est devenu un modèle, même si dans les discours les référents restent en majorité l’Occident : les États-Unis (New York quasi exclusivement), le Royaume-Uni et l’Europe.

Toutefois, on constate aujourd’hui que les artistes indiens sont bien représentés dans toutes les foires ou salles de vente du monde ainsi que dans les grandes expositions internationales même si l’ouverture aux artistes étrangers reste délicate.

Aides publiques et financements privés

Secteur public : 

Les pouvoirs publics sont assez frileux pour promouvoir l’art international en Inde. On note un conservatisme de l’institutionnel qui fait que les artistes indiens contemporains sont peu encouragés.

Le manque de formation, d’infrastructures et de professionnalisme fait que, mis à part les grandes galeries privées du pays, on trouve peu d’experts et de connaisseurs de l’art contemporain. Les arts visuels sont tout d’abord des images ; faire de la culture dans le secteur public constitue bien souvent un défi.

Le problème des assurances (la NGMA n’assure aucune exposition dans ses murs, par exemple) n’est qu’un des nombreux problèmes d’un dispositif caractérisé par ses incuries (sous-effectifs, pour le déballage, l’accrochage, la surveillance des œuvres, etc.).

 

Secteur privé :

C’est le secteur privé et un réseau de galeries commerciales qui soutiennent les arts dans le pays.

Le monde des affaires commence à s’intéresser à l’art après les années 2000, et les fondations et trusts sont créés en grand nombre, tant par des sociétés que par des galeries. A but commercial, ils sont souvent le pendant des grosses entreprises pour leur volet Corporate Social Responsibility, mais aussi l’occasion d’acquérir des collections, ou de fonder, par les recettes effectuées lors de ventes aux enchères, des archives et produire des publications sur l’art contemporain en Inde : Osian’s Art Fund par exemple.

La presse spécialisée, les multiples vernissages et la présence des galeries indiennes à de très nombreuses foires de l’art dans le monde témoignent de ce phénomène d’accélération et d’enivrement face à ce nouveau domaine d’investissement, qui semble refléter pour beaucoup la bonne santé et l’arrivée du pays dans la cour des grands. Dans la plupart des articles, il n’est pas question de qualitatif, aucun discours critique n’émerge, les seuls indicateurs étant les plus grosses ventes des dernières années.

La récession de septembre 2008 a eu un effet salubre sur le marché : certaines galeries ont dû fermer. Artificiellement gonflé, il était l’objet de spéculations financières de la part d’entreprises ou d’individus peu renseignés.

Programmes de résidences

Aucune politique gouvernementale n’envisage de reconvertir des bâtiments ou d’en construire pour des ateliers, et les artistes ont leurs propres ateliers. On peut néanmoins signaler deux programmes de résidence :

Sanskriti Residency. 

Issue du programme UNESCO-Aschberg Bursaries for Artists 2012, ce programme favorise la mobilité des jeunes artistes (25-35 ans) à travers le monde. Au pied des montagnes Aravali, à quelques kilomètres de New Delhi, le centre Sanskriti propose un espace où les artistes de diverses disciplines peuvent échanger, étudier et créer dans un cadre enchanteur. Le centre a été créé par la Sanskriti Foundation. Il offre, avec l’aide du programme UNESCO-Aschberg, des bourses internationales en arts visuels et en création littéraire pour participer au programme de résidence en 2012. Deadline : 31/10/2011. La bourse comprend : le billet aller-retour / logement et atelier / 1000 $US. Les résidences sont de deux mois entre 12 Octobre et le 31 Décembre 2012.

 

Global Atys Village accueille de nombreuses disciplines. Cette résidence se présente sous forme d’un village communautaire où les arts sont mis en relations avec les traditions indiennes tels que le yoga ou la méditation. Accueilli pour une durée d’un mois (ou plus en fonction des projets), la résidence est payante. Chaque artiste doit payer 50 $US par jour pour le logement, l’atelier et les repas (végétariens).

 

Lieux

Mis à jour le 25 Avril 2012
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  • Chemould Prescot Road - Contemporary Art Gallery

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  • Khoj International Artists’ Association

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