Singapour

Scène locale

Après trois décennies consacrées au développement économique, la scène artistique singapourienne contemporaine se développe rapidement grâce à de nouvelles générations d’artistes et une politique publique volontariste.

La scène contemporaine s’est développée très rapidement en 20 ans, avec une accélération sur les 10 dernières années. Le nombre d’expositions d’art visuel a plus que doublé sur cette période ainsi que celui des sociétés spécialisées dans les activités artistiques. Les lieux se sont multipliés : 40 nouvelles galeries sont nées en 2008 ; l’ouverture d’une zone franche pour les œuvres d’art en 2010 (Free Port), l’arrivée d’une nouvelle foire d’art contemporain internationale en 2011 (Art Stage Singapore) et la mise en chantier d’un musée dédié aux arts du Sud Est Asiatique (The National Art Gallery, ouverture en 2015) stimulent tous les acteurs, artistes, marchands et collectionneurs. Le public, encore timide, est de plus en plus réceptif : le nombre de visiteurs du Singapore Art Museum, musée centré sur l’art contemporain, est passé de 280 000 en 2003 à 640 000 en 2010.

C’est dans ce contexte favorable qu’une nouvelle génération d’artistes nés dans les années 1970 et 80 arrive à maturité : notamment Ming Wong, Charles Lim, Michael Lee, Francis Ng, Donna Ong, Rizman Putra, Song-Ming Ang, Ho Tzu Nyen, Jason Wee, Geneviève Chua, Heman Chong, Sherman Ong, les collectifs « The Vertical Submarine », « Phunk Studio » et « Kill your television ».

Cette génération rejoint les pionniers de l’art contemporain singapourien nés juste avant ou au moment de l’indépendance (1965) et aujourd’hui reconnus et célébrés : Matthew Ngui, Jason Lim, Chai Hiang Cheo, Lin Hsin Hsin, Jimmy Ong, Salleh Japar, Suzann Victor, Vincent Leow, Jane Lee, Amanda Heng, Lee Wen, Zai Kuning, Tang Da Wu – ces quatre derniers sont les co-fondateurs du premier collectif des années 80, The Artists Village -.

A signaler que le peintre Henri Chen, né à la toute fin des années cinquante, continue à sa façon la riche tradition d’art moderne abstrait initiée chacun dans leur style par Tan Teng Kee, Choy Weng Yang, Anthony Poon etc.

Ces artistes associent souvent plusieurs supports : peinture, sculpture, photo, vidéo, musique, installations, performances. La génération apparue dans les années 2000, comme le collectif « Phunk Studio » ou le photographe Jing, vont vers le design, scène connexe très active à Singapour, qui joue un rôle clé de tremplin pour les artistes visuels. La reconnaissance très récente de la photo comme art par les institutions singapouriennes permet à des talents d’émerger dans ce domaine et de prendre leur autonomie (Francis Ng, Robert Zhao Renhui, John Clang, Sherman Ong, Tristan Cai, Sean Lee etc). La photo est peut-être là où la scène singapourienne exprime le mieux sa créativité, avec la vidéo.

Une scène d’artistes de rue, graffeurs, pochoiristes - Slacsatu, Skope, Trase, Antz, The Killer Gerbil, Zul Zero - est apparue à la fin des années 2000 malgré le contrôle sévère de l’espace public par les autorités, qui tentent d’encadrer le phénomène avec des murs (et des contenus) autorisés.

Certains artistes se sont organisés eux-mêmes dans les années 80 et 90 pour créer leurs propres lieux de production et de diffusion : « The Artists Village », « The 5th Passage », « Utopia », « Plastic Kinetic Worms ». Même si ces collectifs ont disparu aujourd’hui, ils ont ouvert la voie à la génération actuelle pour se faire reconnaître du public et des institutions publiques et privées.

Créées récemment, « Objectifs Gallery » et « 2092 Gallery » jouent un rôle important dans la promotion de la photographie – « 2902 Gallery » organise le Singapore International Photography Festival (biennale). A noter que la galerie de l’Alliance française, la « SG Private Banking Gallery », fait découvrir régulièrement des artistes singapouriens et français (« France + Singapour = New Generation Artists » en 2009 et 2010).

Beaucoup de gros collectionneurs à Singapour, parmi lesquels Zulkifli Baharudin, Richard Hoon, Harris Kor, Udo Langbein, Ishwar Nahappan, P.K. Sundram and K.B. Tan, Dr George Quek, Mr Chan Kok Hua etc.

En dehors des biennales et de commandes de mécènes pour des œuvres publiques, les artistes français actuels sont relativement peu exposés tant dans les galeries privées que dans les musées (comme les artistes occidentaux de façon générale).

Les représentants des musées connaissent inégalement les artistes français contemporains. Daniel Buren a été invité à la biennale en 2008, Pierre Soulages est reconnu. Pierre Huyghe, Annette Messager, Christian Boltanski font partie des plasticiens actuels les plus souvent cités. Mais les commissaires préfèrent proposer au public des noms ou des mouvements qui agissent comme des « marques », auxquelles le public singapourien est très sensible : Impressionnistes, Picasso, Matisse.

La photographie actuelle est peut-être le point d’accès le plus facile pour d’autres propositions : le Singapore Art Museum, avec le soutien de l’ambassade de France, a présenté « Beautiful dragon » de Pierre & Gilles en 2004 et « Time exposures » d’Alain Fleisher en 2008. Le Mois de la Photo 2009 a été l’occasion de faire découvrir Bertrand Meunier, Marc Riboud et Françoise Huguier. Ce poste continue de soutenir les ateliers de photographes et de vidéastes français dans les écoles et les centres d’art, comme celui d’Etienne Clément en février 2011 ou de Louidgi Beltrame début 2012.

Il existe en effet une demande pour des artistes vidéastes et multimédia, qui proposent des installations numériques interactives et mélangent arts visuels et performances. Profitant du climat propice institué par l’accord-cadre, plusieurs artistes français dans ce domaine ont pu se faire connaître récemment avec le soutien du poste. La première Digital Night/Nuit Blanche organisée en octobre 2010 a permis de faire découvrir Miguel Chevalier, le collectif Mu et Bertrand Planes. Suite à cette opération, ce dernier a été invité par SAM à participer à la Children’s Season exhibition en juin 2011. Le collectif TILT a pu présenter une installation au premier I Light Festival en novembre 2010. Ces opérations ont reçu un très bon accueil de la presse. Enfin, le vidéaste Louidgi Beltrame a ouvert l’exposition « Video, an art, a history » au SAM le 9 juin 2011 et a pu, à cette occasion, se faire connaître des opérateurs artistiques locaux.

 

Rédacteur : Jean-François Danis, attaché culturel et audiovisuel

Contact : Ambassade de France 101-103 Cluny Park Road Singapore 259595

Tél : +65 68 80 78 17

jean-francois.danis@diplomatie.gouv.fr

Echanges internationaux

Depuis les années 90, Singapour commence à être reconnu sur la scène internationale grâce à des artistes comme Lee Wen, Matthew Ngui, Jason Lim, Jane Lee, Robert Zhao Renhui, Donna Ong, Ian Woo, Tan Guo Liang, Ming Wong, Heman Chong, Ho Tzu Nyen, qui sont régulièrement invités à des expositions à l’étranger. Le photographe Sean Lee par exemple a été nominé pour le Prix Découverte des Rencontres d’Arles. Edwin Koo fait partie des photographes sélectionnés pour Photo Quai 2011. Les résidences et l’expatriation de certains artistes, Ming Wong, Symrin Gill, Suzann Victor etc, facilitent ce rayonnement.

De son côté, le gouvernement, à travers l’action du National Arts Council, aide les artistes à être présents aux grands rendez-vous, à Documenta 2007, aux biennales de Gwangju et Venise. La mention spéciale décernée à l’installation vidéo de Ming Wong à la Biennale de Venise 2009 a « officialisé » l’entrée des artistes singapouriens contemporains dans le circuit international.

La scène artistique singapourienne s’ouvre aux scènes étrangères, principalement de Chine et d’Asie du Sud Est. Les artistes malais, indonésiens, vietnamiens, philippins, chinois, et dans une moindre mesure indiens, japonais, dominent la scène. Le Singapore Tyler Print Institute les invite en résidence. Quelques uns s’installent, comme Max Kong (Hong Kong). Ils sont souvent exposés au Singapore Art Museum, dans les foires d’art et dans les galeries privées. Très prisés des collectionneurs, ils concurrencent les artistes Singapouriens sur le marché de l’art local.

Des artistes occidentaux établis depuis longtemps à Singapour, comme Delia et Milenko Prvacki, les Français Gilles Massot, Andrée Weschler, Agathe de Bailliencourt, ont pu y acquérir une certaine reconnaissance. La photo, le design, les arts numériques sont aujourd’hui des arts porteurs pour des artistes étrangers qui voudraient se faire connaître à Singapour.

Les directeurs des musées et des festivals, bien informés, font venir des artistes du monde entier mais, comme l’a encore montrée la censure de l’œuvre de Simon Fujiwara à la Biennale 2011, les propositions trop audacieuses sont sanctionnées : nudité, homosexualité, politique et religion restent des sujets sensibles. Ce risque de censure, le manque de résidences et une image artistique encore faible par rapport à d’autres pays (Singapour est plutôt assimilé à un centre commercial plutôt qu’à un centre artistique) n’en font pas pour l’instant un pôle d’attraction majeur pour les artistes occidentaux.

Aides publiques et financements privés

Secteur public :

Le développement rapide de la scène artistique est le fruit d’une volonté politique forte soigneusement planifiée. Après avoir officiellement reconnu en 1989 dans un rapport l’importance des arts et de la culture, les pouvoirs publics ont agi à plusieurs niveaux pour faire de Singapour « A Global city for the arts » : la diffusion, la réception du public, le soutien aux artistes et l’incitation au mécénat. Multiplication des lieux d’exposition et de diffusion avec trois nouveaux musées en 15 ans : le National Museum of Singapore, le Singapore Art Museum (SAM) et l’Asian Civilisations Museum. En août 2008 a ouvert le "8Q", une galerie du SAM exclusivement dédiée aux arts actuels. En 2014 ouvrira la National Art Gallery avec 60.000 m2 de surface d’accueil et d’expositions dans un bâtiment rénové par l’architecte français Jean-François Milou. Le National Arts Council (NAC) qui supervise le développement des arts, a créé deux plates-formes biennales : le Singapore Arts Show en 2005 et la Biennale de Singapour en 2006. En parallèle, plusieurs programmes d’initiation du public ont vu le jour : campagne « I love museums » du National Heritage Board, programme « Arts for all » parcours de découverte de sculptures dans la ville, ateliers pour les enfants et les adultes, prix du public du Singapore Art Show et sensibilisation des associations et des centres culturels de quartier. Le Art Creation Fund, le Art Housing Scheme (crée dès 1985) et l’International Arts Residency Programme (2M$/an pour financer les résidences d’artistes singapouriens en France, en Allemagne, au Japon, aux USA) aident les artistes locaux à se développer.

Mise en place de mesures incitatives pour les mécènes : Le Public Art Tax Incentive Sheme (PATIS) est un dispositif fiscal géré par le National Heritage Board pour favoriser la donation, la commande, l’entretien, l’exposition d’œuvres d’art visibles gratuitement dans des lieux publics (hall des galeries marchandes, passages piétonniers entre les blocs d’immeubles, entre les stations de métro, gares de connections routières, parvis des immeubles de bureaux). Le Gloss Floor Area Incentive mis en place en 2005 par la Urban Redevelopment Authority, en collaboration avec le NHB, pousse les promoteurs immobiliers à inclure des œuvres d’art accessibles au public dans les plans de construction des centres commerciaux, en contrepartie de l’autorisation de M2 supplémentaires. Ces deux dispositifs se sont révélés efficaces au vu des nombreuses sculptures et installations qui apparaissent devant les immeubles de bureaux, dans les centres commerciaux et les hôtels. La majorité des œuvres portent la signature d’artistes asiatiques actuels. Bernard Venet est l’artiste français probablement le mieux représenté, avec une sculpture acquise par la société Wheelock Properties pour le Scotts Shopping Center et une autre par Pontiac Land Group pour l’hôtel Capella. Le Partnership Funding for Arts Businesses géré par le National Arts Council propose des aides aux entrepreneurs (galeries, etc.) qui veulent produire ou distribuer des projets artistiques de qualité. Cette mesure récente a joué un rôle certain dans la multiplication des lieux ces dernières années. Pour inciter les collectionneurs à créer des musées privés, le gouvernement met à disposition des bâtiments publics - souvent désaffectés - pour un loyer en dessous des prix du marché. Trois lieux récemment proposés ont déjà été réservés par des collectionneurs.

Secteur privé :

Dans ce contexte fiscal favorable, le secteur privé joue un rôle crucial. Les dons privés pour le soutien des arts représentent 40M$/an et les institutions publiques récompensent chaque année des mécènes : Créé en 1989, les Patrons of the Arts Awards reconnaissent les plus importants mécènes, 120 entreprises et 8 individus (ou familles) qui ont donné au total 41,8M$ en 2010, en numéraire ou en donations (bâtiments, collections, etc.). Les Arts Supporters Awards créés en 2000 remercient les sponsors qui ont consacré chacun plus de 50.000$ pour la promotion des arts. ? Pour mettre en valeur les initiatives des mécènes, le National Arts Council a créé en 2009 l’Arts & Culture Development Office, qui développe les partenariats public-privé et a mis en place un portail de la philanthropie sur internet (80.000 S$ de dons en 2010).

Programmes de résidences

On peut regretter le faible nombre de résidences pour les artistes étrangers.

Le Singapore Tyler Print Institute demeure la seule institution publique à en proposer : elle invite des artistes actuels, principalement asiatiques, à produire dans son atelier, à exposer et à vendre dans sa galerie, des œuvres sur papier (gravures, sérigraphies, dessins). L’ambassade négocie actuellement avec le STPI pour qu’un artiste actuel soit invité en 2011 ou 2012. Conscient de cette insuffisance et, désireux de faire venir les meilleurs artistes, le National Arts Council, en lien notamment avec le Singapore Art Museum, prévoit d’ouvrir des résidences en 2012 ou 2013. Initiative privée, le peintre Henri Chen est en train de créer une fondation, « Visual Arts at Temenggong », pour accueillir en résidence jusqu’à cinq artistes de Singapour ou d’autres pays.

Lieux

Mis à jour le 26 Avril 2012
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