Les enjeux de la transition énergétique et ses répercussions en Macédoine

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Année :
Fonds culturel franco-allemand 2015
Disciplines :
Débats d’idées

City Hall - Skopje

27 Mai 2015

Forum public sur la transition énergétique, organisé par l’Institut français de Skopje

Organisé le 27 mai 2015 par l’Institut français de Skopje avec le soutien du Fonds franco-allemand de manifestations en pays tiers et de l’Institut français de Paris, le séminaire sur la transition énergétique a réuni de nombreux participants. Responsables politiques, experts du monde universitaire, représentants des associations de protection de l’environnement, entreprises, usagers sont venus débattre de la politique énergétique de la Macédoine. Des experts français et allemands ont présenté la situation de leur pays et témoigné de leur expérience. Des débats nourris, et sans langue de bois, ont permis de croiser les points de vue et d’ouvrir un espace de dialogue sur un sujet sensible en Macédoine. La coordinatrice (La coordinatrice nationale sur le changement climatique (point de contact de la conférence des Nations-Unies sur le changement climatique, conseillère d’Etat) a annoncé à cette occasion que la contribution nationale macédonienne serait rendue publique dans le courant du mois de juin.

La république de Macédoine est confrontée à une situation difficile, avec un niveau de pollution dans les grandes villes qui dépasse largement les normes en vigueur. La pollution atmosphérique, causée par les particules fines émises par le chauffage au bois et par les véhicules hors d’âge, provient également d’industries polluantes, à l’instar de la centrale thermique REK de Bitola. M. Ljupco TROPKOVSI, représentant du service de développement économique de la Mairie de Skopje, a présenté les mesures envisagées par la capitale pour lutter contre ce fléau. La création de pistes cyclables, la mise en place de filtres pour les entreprises les plus polluantes, font partie des mesures les plus marquantes.

Vladimir PESEVSKI, Vice Premier Ministre dans le gouvernement macédonien en charge des questions énergétiques, s’est exprimé sur la libéralisation du secteur de l’énergie d’ici 2020, expliquant que les réserves de lignite qui permettent à la Macédoine de produire l’électricité pour tout le pays, seraient épuisées. D’autres solutions sont à l’étude, notamment la piste d’une centrale électrique au gaz.

Laurence AUER, Ambassadrice de France, a rappelé que le pays dispose de nombreux points forts en matière d’énergies renouvelables ou non fossiles : énergie solaire, biomasse, hydroélectricité et les actions françaises (à l’instar de l’étude financée par le Trésor public sur le projet de traitement des eaux usées à Skopje) sont particulièrement bien accueillies en Macédoine. L’exemple de la loi sur la transition énergétique française est apparu aux participants comme un exemple fort intéressant d’une politique très volontariste menée dans un pays de l’Union européenne. A noter la présence de l’entreprise SCHNEIDER, implantée en Macédoine, qui a présenté à cette occasion un logiciel français permettant de réaliser des bilans énergétiques et montré que l’expertise française en matière d’environnement pourrait être très utile pour le pays.

Christine ALTHAUSER, Ambassadrice d’Allemagne, a confirmé l’appui des entreprises et des banques allemandes dans le secteur de l’environnement. La présence de Mme Natasa RADOVANOVIC, représentante de la banque KFW et de M Saso GLIGOROV de la compagnie PCC DEG, ont illustré la forte présence économique allemande dans le secteur hydroélectrique notamment.

Teodora OBRADOVIC-GRNCAROVSKA, Coordinatrice nationale pour le réchauffement climatique au Ministère de l’environnement a annoncé que la contribution nationale de la Macédoine pour la  COP 21 serait disponible en juin et serait mis en consultation publique.

L’expert technique français, Bertrand MILLET, chargé de conseiller le gouvernement macédonien pour son intégration européenne, a rappelé que « L’Union européenne est aujourd’hui la zone géographique leader dans le monde en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Pour la Macédoine, ce sont plusieurs millions d’euros qui sont prévus pour le financement de projets environnementaux à travers un programme pluriannuel de 7 ans, piloté par le ministère de l’environnement. Ce programme inclut le financement de projets d’infrastructures - traitement des eaux usées, traitement des déchets,  actions innovantes en matière de développement durable.

Les experts français

Cyria EMELIANOFF, professeur d’aménagement et d’urbanisme à l’Université du Maine, a précisé que la transition énergétique, entendue comme processus de sortie des énergies fossiles, repose sur deux piliers inséparables: la substitution d’énergies fossiles par des énergies renouvelables et la forte réduction des consommations d’énergie. La France comme l’Allemagne se sont par exemple engagées à diviser par deux leur consommation énergétique dans les prochaines décennies. En France, la ville de Metz, qui détient une entreprise locale et publique d’énergie, a été citée en exemple (son mix énergétique est composé de 20% d’énergies renouvelables, un score inhabituel en France). Cette entreprise rapporte 8,5 millions d’euros par an de bénéfices à la municipalité et fournit 600 emplois locaux.

Philippe BAYARD, expert dans le domaine du bois et de la biomasse comme énergie renouvelable, membre de l’Union nationale des ingénieurs du Conservatoire national des arts et métiers, loin de remettre en cause l’utilisation du bois - énergie, a montré tout l’intérêt de contrôler et structurer une filière bois dans des pays comme la Macédoine (exploitation intelligente des forêts, récupération des déchiquetés de bois pour la combustion, contrôle des installations...) mettant en évidence que la transition énergétique doit être envisagée sur le long terme et surtout en fonction des ressources locales afin de favoriser un développement durable, ceci avec une autonomie idoine aussi bien technologique que combustible.

Les experts allemands

Ana STOJILOVSKA, chercheuse dans le domaine des questions énergétiques, et membre d’un think tank macédonien Analitika a souligné que la transition énergétique induit une production décentralisée de l’énergie et une démocratisation du système d’approvisionnement.  Cette nouvelle approche suppose une production de proximité de l’énergie. Elle a par ailleurs insisté sur le fait que le marché de l’énergie en  Macédoine est toujours sous l’emprise des grandes sociétés  qui sont en situation de monopole. Le grand enjeu pour le Macédoine réside dans le remplacement, dans un horizon de 20 ans, de la grande centrale thermique de Bitola par une production basée sur le gaz.

Christian HARTWIG, l’expert du GIZ, a expliqué la démarche allemande en matière de transition énergétique, basée sur une limitation de l’énergie nucléaire et le développement d’énergies renouvelables, avec la mise en place de grands parcs éoliens et la production d’énergie solaire. Il a appuyé l’idée de responsabiliser davantage les villes dans leur rôle en matière de protection de l’environnement en citant l’exemple de nombreuses villes allemandes.

Les associations

L’association GO GREEN, représentée par son président Marko SOKOLOVSKI a insisté auprès des jeunes sur les perspectives d’emploi, directs ou indirects, que représente la croissance verte. Se basant sur une étude réalisée avec le soutien de ce poste, il a insisté sur l’importance pour la société civile de se mobiliser sur ces questions.

L’association des architectes de Macédoine, très militante en matière d’écologie, s’est exprimée au travers de Mme Danica PAVLOVSKA, sa présidente, pour rappeler aux décideurs et au public, que les architectes jouent un rôle essentiel dans la conception de projets immobiliers à faible coût énergétique, et qu’au-delà de la construction de bâtiments, ces derniers peuvent proposer des plans d’urbanisme davantage respectueux de l’environnement. Une intervention remarquée dans un contexte où le gouvernement macédonien, au travers du projet SKOPJE 2014 de reconstruction de la capitale, a éliminé de nombreux espaces verts et autorisé un développement anarchique d’édifices publics et privés.

L’association  EKOSVEST et sa présidente, Ana COLOVIC LESHOSKA, n’ont pas hésité à interpeller le représentant de la mairie de Skopje, lui rappelant qu’il fallait désormais compter en Macédoine sur la forte mobilisation des citoyens.



En conclusion

Les actions de sensibilisation répétées, les contacts politiques permanents, les partenariats tant avec la société civile qu’avec le ministère de l’environnement, sont porteurs. Ce forum a donc joué pleinement son rôle en permettant de confronter les approches et les points de vue. L’exemple des politiques énergétiques menées par les pays européens intéressent les macédoniens. La conférence internationale COP 21 à Paris en novembre prochain sera un rendez-vous très important pour faire avancer le débat national sur ces questions.

Lieu :

City Hall - Skopje

Adresse :

Quai Dimitar Vlahov bb 1000 Skopje Macédoine (ARYM) Skopje

Tel :

00 383 23 118 503

Fax :

00 389 23118 386

Contact :

culture@ifs.mk

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Mis à jour le 14 Janvier 2015
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  • Institut français de Skopje
  • Vladimir PESEVSKI, Laurence AUER, Christine ALTHAUSER

    Institut français de Skopje
  • Ljupco TRPKOVSI, Vice Premier Ministre dans le gouvernement macédonien en charge des questions énergétiques

    Institut français de Skopje
  • Représentant de la société Schneider Electric

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  • Cyria EMELIANOFF, professeur d’aménagement et d’urbanisme à l’Université du Maine

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  • Philippe BAYARD, expert français dans le domaine du bois

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  • Table ronde

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