Sociétés et politiques publiques en Europe face à l’un des défis démographiques du XXIème siècle : le vieillissement. Trois trajectoires, France, Allemagne et Croatie

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Année :
Fonds culturel franco-allemand 2015
Disciplines :
Débats d’idées

Académie des Sciences

11 Décembre 2015 - 11 Décembre 2015

La Croatie fait en effet face à la fois au vieillissement de sa population, dans des conditions de grande précarité pour le 3ème âge (la paupérisation des retraités est un phénomène très visible), à une faible natalité, au départ définitif d’une large partie de sa jeunesse (par manque de perspectives d’emploi dans le secteur public ou privé), ainsi qu’à une fuite des cerveaux qu’accélèrent les nouvelles opportunités des règles du marché du travail européen. Pourtant, la Croatie, malgré un chômage très élevé, subit des pénuries de main-d’œuvre qualifiée dans certains secteurs. En outre, ce pays fait face à des disparités fortes : les zones rurales, les territoires insulaires (près de 1200 îles) et l’ancien cœur industriel de Slavonie (région de Vukovar et d’Osijek), resté sinistré depuis la fin du conflit des années 1990, connaissent une véritable dépopulation. La population croate pourrait baisser de 20% d’ici 2080 (source Commission européenne), voire de 39% d’ici à 2065 (source PNUD).

Dans ce contexte, a été organisée le 11 décembre 2015, par l’Institut Français de Croatie et le Goethe Institut de Zagreb, avec l’appui du Fonds culturel franco-allemand, en partenariat avec l’Institut croate des migrations un séminaire, intitulé « Sociétés et politiques publiques en Europe face aux défis démographiques du XXIème siècle : natalité, vieillissement et migration », a donné lieu à des débats d’un haut niveau scientifique (participants français : François Héran, Dana Diminescu et Anne-Marie Guillemard) relatifs aux principaux enjeux démographiques auxquels l’Europe est confrontée. L’auditoire était composé de responsables de ministères et d’administrations concernés (y compris le Bureau du Médiateur, très dynamique en Croatie), d’experts académiques, de représentants de la société civile.

Ce séminaire a permis de revenir sur les idées reçues et de rappeler un certain nombre de faits étayés par des études scientifiques :

Le vieillissement des populations, conséquence de l’augmentation de l’espérance de vie, peut constituer un atout dans le développement de sociétés inclusives (le cas finlandais a été largement évoqué). Il représente un potentiel de savoir et de connaissance à faire partager dans un environnement professionnel intergénérationnel. Il est aussi une source de croissance pour un certain nombre d’emplois (services à domicile, transports à la demande...) et favorise l’innovation (domotique, gérontechnologies, téléassistance,…).

L’évocation de la situation en Allemagne, par des experts de l’Institut Max Planck, a conduit à réévaluer l’immigration non seulement comme un problème mais comme l’une des réponses possibles au défi du vieillissement. Cette approche est particulièrement instructive pour la Croatie, laquelle - à l’instar des autres pays d’Europe centrale - se perçoit comme pays d’émigration (et cela depuis l’époque titiste) et en aucun cas d’immigration. De ce point de vue, les quelque 500.000 réfugiés qui ont transité par la Croatie depuis l’été 2015 ont suscité de nombreuses interrogations dans le débat public. Certaines traduisent des craintes mais d’autres le souhait de voir se concrétiser de la part des pouvoirs publics une politique migratoire à la hauteur des nouveaux enjeux. Ce dernier point paraît d’autant plus important que certains experts locaux considèrent qu’un durcissement par l’espace Schengen des politiques d’entrée des migrants et réfugiés pourrait conduire ceux-ci à rester en Croatie à et amener ainsi ce pays à se transformer, de pays de transit, en pays d’accueil.

Dans cette perspective, à travers l’intervention de l’un des experts, il est apparu important, dans le cadre de ce séminaire, de changer l’image négative du migrant, prégnante dans les sociétés européennes, en valorisant notamment la figure du "migrant connecté", celui du XXIème siècle, en mesure de trouver sa place dans un monde globalisé et de répondre aux exigences du vivre-ensemble dans le pays d’accueil.

En outre, les contributions des experts allemands mettant en avant les atouts d’une immigration jeune dans le maintien des effectifs d’actifs parmi une population vieillissante sont apparues comme un éclairage utile par rapport à la situation en Croatie. Il faut noter toutefois, comme l’ont souligné l’ensemble des intervenants, que dans nos sociétés européennes le "vieillissement par le haut" lié à l’allongement de la vie se poursuivra, et qu’il est indispensable de mettre en place des politiques inclusives qui vont au-delà des questions traditionnelles des coûts de santé et de retraite (repenser la distribution des chances d’activité professionnelle entre les âges et les générations, veiller à la "soutenabilité" du travail et agir de manière préventive pour limiter les risques d’usure au travail, développer la formation tout au long de la vie notamment).

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Mis à jour le 30 Décembre 2015
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