La culture, instrument de rapprochement et de réconciliation : Exemple de l’Allemagne et de la France

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Année :
Fonds culturel franco-allemand 2016
Disciplines :
Débats d’idées

Institut français du Cambodge

25 Mai 2016 - 28 Mai 2016

 

Du 25 au 28 mai une série d’événements franco-allemands ont eu lieu à Phnom Penh sur le thème de « La Culture et l’éducation, instruments du rapprochement entre les peuples ».

Un séminaire au Sénat cambodgien, des rencontres avec la société civile,des étudiants et des élèves du lycée français ainsi que des créations artistiques ont décliné ce thème, très sensible au Cambodge, pays qui connaît une relation complexe avec ses grands voisins immédiats et plus particulièrement avec le Vietnam.

Une initiative conduite pas les Ambassades de France et d’Allemagne, l’Institut français et la Meta House, affiliée au Goethe Institut et soutenue par le Fonds Culturel Franco-Allemand, qui a déclenché un riche débat tant au Sénat qu’à l’université et dans les forums de la société civile.

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Le Cambodge et le Vietnam entretiennent au niveau politique et économique des relations nourries. Les dirigeants des deux pays se rencontrent régulièrement et leur coopération s’est considérablement développée en matière de tourisme, de télécommunication, de banque, d’énergie, d’industrie et d’agriculture. La décision a été prise d’harmoniser leurs cadres  juridiques pour les investissements et le commerce. Le commerce bilatéral est en effet en  pleine croissance et est  passé de 1.8 milliard de dollars en 2010à environ  5  milliards de dollars en 2015.

En dépit de cette apparente bonne entente, la crainte de la domination vietnamienne demeure profondément ancrée dans la société cambodgienne. Alors que du côté vietnamien la perception du Cambodge est plutôt favorable, la réciproque n’est pas vraie. A tous les niveaux de la société, la méfiance, voire l’hostilité vis-à-vis du Vietnam, est prégnante, comme en ont  témoigné  les manifestations anti-vietnamiennes en juillet 2014 et les affrontements à la frontière en 2015.

Face à cette actualité, il a semblé aux Ambassades et aux centres culturels français et allemands que le thème du rapprochement, sinon de la réconciliation, avec pour exemple  la démarche menée par l’Allemagne et la France depuis 1945, pouvaient lancer le débat parmi les Cambodgiens et notamment la jeune génération. Loin de se poser en donneur de leçon, le principe de ces événements a été de présenter des bonnes pratiques, plus particulièrement dans le domaine de la culture et de l’éducation, bonnes pratiques qui peuvent  être utilisées ou adaptées en fonction du contexte local. L’accent sur le rôle primordial des citoyens et de la société civile comme clé du succès dans le rapprochement franco-allemand a été également largement souligné.

L’événement majeur a été le séminaire qui s’est déroulé le 27 mai au Sénat cambodgien. Il a pu avoir lieu grâce à l’Institut parlementaire du Cambodge, créé en 2011 par le Sénat dans le but d’améliorer  les compétences de l’Assemblée Nationale et du Sénat lui-même. Le Secrétaire général du Sénat, Oum Sarith, l’Ambassadeur de France et la Chargée d’affaires de l’Ambassade d’Allemagne ont ouvert le séminaire avant de laisser la parole à Corine Defrance, du CNRS et Pia Nordblom de l’université de Mayence, spécialistes des relations franco-allemandes et de la réconciliation entre les peuples. Les sénateurs et les députés, membres des commissions éducation, culture et affaires étrangères composaient l’essentiel de l’assistance. En dépit de l’absence des universitaires cambodgien et vietnamien invités pour cette série d’événements mais écartés par le Secrétaire général du Sénat de peur d’une instrumentalisation du débat, les questions et les commentaires se sont portées sur la relation entre le Cambodge et le Vietnam, jamais mentionnée dans les allocutions ou les présentations mais bien présente dans les esprits de tous les participants. Des questions et des commentaires qui soient essayaient d’amener les deux intervenantes à porter un avis sur la situation locale, ce à quoi elles se sont refusées, soutenues par  le Secrétaire général du Sénat, soient à justifier la position cambodgienne vis-à-vis du Vietnam. L’assistance a néanmoins reconnu le grand intérêt de ce séminaire et la nécessité de renouveler l’exercice.

Les tables-rondes à l’Université royale de droit et de science économique, au Politikoffee, plateforme de dialogue accueillie par la Fondation Konrad Adenauer à laquelle participent de nombreux jeunes férus de questions politiques, à l’Institut français ou à la Meta House/Goethe Institut, ont toutes donné lieu à des débats, parfois passionnés, sur les raisons de la perception négative que le Cambodge avait du Vietnam. Selon l’expert cambodgien,ChheangVannarith, brillant universitaire actuellement conseiller de la fondation nippone de Singapour pour l’Asie du Sud-Est, l’une des raisons serait la faiblesse, voire l’absence,  d’un enseignement de l’histoire au Cambodge et de réflexion sur celle-ci. Il est à noter que ChheangVannarith a fait une partie de ses études au Vietnam et parle la langue, comme son homologue vietnamien, Nguyen Thanh Van qui a étudié au Cambodge et s’est exprimé en khmer. L’autorité intellectuelle du premier et le choix de la langue locale par le second a permis de faire passer des messages notamment sur la remise en question des clichés, l’importance du dialogue et la nécessité d’une démarche pro active en faveur de la connaissance de l’autre. L’exemple franco-allemand a lui aussi été beaucoup interrogé et les expertes française et allemande ont insisté sur la complexité de la relation franco-allemande à la fin de la seconde guerre mondiale et sur la mauvaise perception que chacun des peuples avait de l’autre, la bonne entente actuelle donnant l’impression que ce processus de rapprochement a été facile et ne connaissait en rien les difficultés de la situation régionale.

Enfin, la rencontre de Corine Defrance et de Pia Nordblom avec des élèves de terminale du lycée français a été particulièrement dynamique suscitant beaucoup de questions sur les initiatives de la société civile et les mesures prises par les gouvernements aux lendemains de la guerre pour obtenir l’adhésion de l’ensemble des citoyens.

Parallèlement au dialogue politique et au débat d’idée,des créations artistiques ont aussi contribué à illustrer le propos.

La Meta House a accueilli l’installation multimédia de l’artiste vietnamien Tuan Mami et la cinéaste cambodgienne Sao Sopheak « In/Visible Borderline » qui questionne les similarités et les différences des deux peuples de chaque côté de la frontière et la résurgence du nationalisme.  Au cœur de cette installation, l’échange d’une petite sculpture, représentant une borne de la frontière, en sucre de palme, une des ressources des populations de part et d’autre de la frontière, contre la narration d’une expérience personnelle positive d’échange entre Cambodgiens et Vietnamiens.

De son côté, l’Institut français a proposé pendant 4 jours une installation photographique et théâtrale conçue par la metteuse en scène française Clyde Chabot d’après la pièce « Hamlet Machine » de l’auteur allemand Heiner Muller qui médite sur l’échec et les dérives de la révolution et du communisme. Cette installation revêtait une pertinence particulière au  Cambodge tout en s’intégrant dans la thématique de ces événements. Le visiteur/participant choisit une photo représentative des événements marquants du XXe et du XXIe siècles ou des pays que cette installation a traversé (Inde, Corée, Taiwan, Allemagne, Cambodge), tous marqués par la division sociale ou politique, voire la destruction.  Il sélectionne ensuite des mots, extraits de la pièce, disposés sur le sol sous forme de chevalets, et son  portrait est pris avec les mots et la photo en fond. Ainsi la grande histoire et celle des individus se rencontrent le temps d’une image. Ces portraits parlent de la vie des individus mais aussi de l’histoire du pays. Si des photos telles que la chute du mur de Berlin, Mandela, les attentats du 11 septembre ont été régulièrement choisies, ce sont les photos qui illustraient le Cambodge et son histoire qui ont trouvé le plus grand écho auprès des étudiants  de l’Institut, d’universités invitées, du lycée comme des officiels et des hommes et des femmes de la rue. Qu’en retire-t-on ? La souffrance d’un passé encore récent, le bonheur associé soit au monde rural (les rizières, les villages flottants) soit aux temples d’Angkor et un sentiment de solitude (les mots solitude, je suis seul, isolement) particulièrement présents dans les choix des plus jeunes…

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Cette série d’événements n’a pas été aisée à mettre en œuvre en raison du climat tendu au Cambodge entre le parti au pouvoir et celui de l’opposition qui de surcroît utilise le sentiment anti-vietnamien de la population à des fins politiciennes. A cet égard, le soutien de l’Institut parlementaire du Cambodge et du Sénat ont été déterminants. L’accueil réservé et l’intérêt suscité prouvent à quel point cette initiative était pertinente et combien  le débat sur les relations du Cambodge avec le Vietnam est nécessaire. Comme le faisait remarquer l’expert cambodgien,Chheang Vannarith, de voir côte à côte un universitaire cambodgien et un universitaire vietnamien était déjà un fait remarquable ! Nombreux ont été les remerciements adressées aux organisateurs et  les encouragements pour qu’une telle initiative soit renouvelée. L’avenir dira si cette tentative d’ouverture d’un débat sur les relations entre le Vietnam et le Cambodge à la lumière de l’exemple franco-allemand sera poursuivie par les  politiques et ou de la société civile>

Lieu :

Institut français du Cambodge

Adresse :

218 rue 184 Phnom Penh

Horaires :

8h- 22h du lundi au samedi

Tel :

855 23 213 124-125

Fax :

855 12 222 984

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Mis à jour le 26 Janvier 2016
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  • Installation Un musée (de théâtre)

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